La Sierra (Février - Mars 2013)

DE L’EQUATEUR A POPAYAN

Nous quittons l’Equateur et sa tranquillité pour la Colombie, un pays dans lequel nous entrons avec une petite appréhension. Tous les voyageurs que nous avons rencontrés depuis plus d’un an nous en ont pourtant fait des éloges. Pour certains, c’est même leur cœur coup de cœur en Amérique du sud ; allons vérifier par nous-mêmes…Nous faisons tamponner nos passeports sans aucun problème à la frontière Tulcan/Ipiales et obtenons 90 jours pour visiter le dernier pays de ce long voyage. Dès les premiers kilomètres, le décor est posé. On commence par voir une énorme banderole au dessus de nos têtes, qui aligne les visages des leaders connus de la guerilla, avec pour certains les mentions suivantes «capturé » ou X, comprenez « mort ». Les F.A.R.C. (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) constituent le groupe dont on parle le plus dans le pays mais il y en a d’autres, eux aussi actifs. La présence militaire au bord des routes est très importante, et leurs uniformes sont ceux portés en situation de guère (casques, masques, mitraillettes etc). A chaque passage de véhicule, les soldats lève leur pousse, le signe utilisé dans tout le pays pour dire que la route est sécurisée et que l’on peut voyager tranquillement. Des banderoles rappellent continuellement ce message, exemple de la politique du gouvernement qui vise à rassurer la population et les voyageurs comme nous. Un peu plus loin, on passe à côté de chars ; voilà pour l’ambiance ! Dans ce contexte, il est donc hors de question de se trouver un bivouac en pleine nature comme on aime le faire, et on s’arrête donc sur le parking d’une station essence. Au milieu de la nuit, un bruit sourd et très fort nous sort de notre sommeil; un éboulement impressionnant vient de se produire et des blocs gros comme des machines à laver ont terminé leur course à quelques mètres du 4x4 !

Côté paysages, ils sont pour le moment similaires à ceux de l’Equateur, mais plus montagneux. Les virages sont les plus serrés que nous ayons empruntés sur tout le continent, de quoi nous donner le tournis. Nous faisons un court détour par la lagune Cocha, sans grand intérêt mais avec un petit port sympa avec ses pirogues colorées.

Nous arrivons pour finir à Popayan, une très belle ville coloniale, toute blanche, qui nous fait donc penser à Sucre en Bolivie ou bien Arequipa au Pérou.

DE POPAYAN VERS L’ORIENTE

Comme nous le savons, il est préférable de rester sur les axes routiers principaux en Colombie, mais nous souhaitons quand même profiter au maximum de notre séjour dans ce pays. Ce trajet jusqu’à San José de Isnos s’est passé sans encombre, mais nous devons avouer que nous n’étions pas rassurer. Contrairement à ce que l’on nous avait dit, nous n’avons croisé que très peu de militaires. De plus, la piste est étroite et s’enfonce dans une végétation dense, dans laquelle nous imaginons que les guérilleros peuvent facilement se cacher.

Nous rejoignons ensuite San Agustin par une jolie piste au milieu de petits villages reculés où nous ne passons pas inaperçus. C’est le point de départ pour plusieurs sites archéologiques sur lesquels ont été retrouvé des grandes statues de pierre, d’une culture pré-inca dont aucun nom ne la qualifie. Il y a aussi des sarcophages et des tombeaux qui abritaient les corps des personnes les plus importantes de cette civilisation.

A quelques kilomètres de là, nous nous arrêtons sur un mirador qui surplombe le Salto de Bordones, la 3e cascade la plus haute d’Amérique du sud, après le Salto Angel au Vénézuela et la cascade Gocta au Pérou. Autour de nous, le bambou constitue le matériel principal pour la construction, il est partout dans les maisons, les clôtures des champs etc. Dans cette région au climat chaud et humide, il pousse partout et très vite (jusqu’à 20 cm par jour) ; il est donc bon marché et en plus durable (plus de 20 ans) s’il a bien été coupé.

Nous continuons notre route vers le nord vers Tierradentro, un site où se trouvent des tombes souterraines que nous voulons visiter. Mais après plusieurs avis positifs de la population et de l’armée recueillis dans les villages alentours, un intendant de Police nous déconseille fortement la zone à cause de la présence révolutionnaire récente. Cette même personne nous explique que les indiens vivants dans ces zones reculées sont souvent corrompus par la guerilla, et que notre passage pourrait donc être dénoncé. Le risque est trop grand, nous décidons alors de poursuivre encore plus au nord pour s’arrêter dans le désert de Tatacoa. Les paysages nous font penser à la surface de la lune, comme la fameuse vallée de San Pedro de Atacama au Chili. Le thermomètre frôle les 35° et une chose inattendue nous tend les bras : une piscine à l’eau turquoise plantée dans ce désert rocailleux !

Z   o   o   o   o   o   o   M